Refoulé à la frontière

Bloqué en zone internationale

Vendredi 15 Juillet

On a beau dormir dans un hôtel quatre étoiles, cela n’empêche pas que l’on doit se lever à 5H pour la deuxième partie du voyage ! Petit gag amusant : Sam réveille Nadou et Christophe par téléphone ! Hey oui, on en profite… Le pire étant que Nadou a le réflexe de décrocher quand même ! On est accro au téléphone ou on ne l’est pas !

A six heures, nous sommes à la réception de l’hôtel, attendant notre navette qui ne tarde plus à nous emmener à l’aéroport… Et à sept heures, on décolle ! On peut voit le Kilimandjaro nous dire au revoir (ou bonjour au choix). Le vol est court, à peine trois heures. Et nous débarquons.

Nous faisons la queue pour passer la douane. Ah, un guichet s’ouvre et Christophe s’y embarque, tandis que Nadège et moi passons par un autre guichet. La douanière demande à Christophe un carnet de vaccination international, qu’il a. Mais Sam s’embarque à sa suite…. Et reste bloqué !

Sans comprendre ce qui se passe, nous le voyons disparaître, tandis que nous attendons aux bagages, espérant son prochain retour. Christophe nous raconte qu’on lui a demandé ce papier jaune prouvant qu’il est vacciné. Mais de quoi ? Et pourquoi on ne nous l’a pas demandé à Nadège et moi ?

Les sacs sont à nos pieds, mais toujours pas Sam. Ca ne doit pas être bien grave, non ? On doit être prévenus, non, si quelque chose se passe ? Nous n’arrivons pas à évaluer la situation. Et là, nous apercevons Sam arriver en courant. Ca y est ! Le problème est réglé ?

Que nenni ! Sam reste de l’autre côté et est dans tous ses états. Je commence à paniquer intérieurement. Il m’explique qu’ils ne veulent pas le laisser passer la frontière car ayant été au Kenya, il faut qu’il ait été vacciné contre la fièvre jaune pour entrer en Afrique du Sud. Comme il ne l’est pas, ou ne peut pas le prouver, ils veulent le renvoyer au Kenya, pour qu’il se fasse vacciner là-bas, attendre une période d’incubation de dix jours, et ensuite, il peut revenir en Afrique du Sud s’il le souhaite. Cela me semble irréel. Pourquoi nous sommes tous passés et pas lui ? Pourquoi ce problème ? Il doit forcément y avoir une solution ! Mais le temps presse, Sam ne peut rester (il n’avait pas vraiment été autorisé à nous prévenir). Ils détiennent son passeport et ses affaires. Il veut au moins trouver un moyen de nous faire parvenir les papiers (car il a toutes les réservations avec lui, le GPS, les cartes, les Lonely… tout…).

Nous le revoyons partir, et nous commençons à tourner en rond. On se refait l’histoire avec des « et si… ». Oui, si nous n’étions pas sortis de la zone internationale, nous n’aurions pas eu ce problème. Si nous n’avions pas accepté la nuit à l’hôtel, rien ne se serait passé… Et si…
Mais personne de la compagnie ne nous avait prévenu qu’en acceptant la nuit à l’hôtel, nous devions être vaccinés contre la fièvre jaune pour atteindre notre destination finale. Avec cette donnée, il doit bien être possible de faire quelque chose non ?

Le temps passe lentement, et toujours pas de nouvelles de Sam. Que faire ? Les cent pas, c’est bien beau, mais ça n’aide pas vraiment à faire évoluer la situation…

Bon, je prends mon courage à deux mains et je demande à une douanière qui passe si elle est au courant de quelque chose. Ah oui, elle est au courant. Sans s’arrêter, elle nous annonce qu’il va être renvoyé au Kenya, point barre et s’en va. Super… Ca nous annonce bien ça…

On attend de nouveau qu’un douanier se pointe dans le coin. Les larmes me montent aux yeux toutes seules. Ca a l’air plus efficace apparemment que d’accoster une femme oisive. Le douanier va se renseigner, et nous explique qu’il ne peut rien faire (mais l’avantage, c’est qu’il engueule la douanière qui a envoyé Sam à l’immigration, car ce n’était qu’un arrêt de 5H non quelques jours…). Je lui explique, implorante, qu’on aimerait juste pouvoir rentrer en contact avec lui, qu’on sache ce qu’il se passe, où est-ce qu’il en est en insistant bien sur le fait qu’il a tout l’argent, tous les papiers… tout quoi !

Le douanier me répond qu’il ne peut pas m’emmener dans le bureau où Sam se trouve, car c’est en zone internationale et très loin d’ici. Par contre, il me donne un numéro de téléphone, et me prête même 5 rands pour pouvoir le contacter. D’ailleurs, c’est lui qui contacte le bureau en disant que j’aimerai lui parler si c’était possible. Et là, le miracle se fait ! J’ai Sam au bout du fil !!
Le temps presse, j’ai trop peur que les 5 rands ne s’épuisent d’un seul coup, alors la seule chose que je donne, c’est le numéro de la cabine téléphonique pour que Sam me rappelle, ce qui fait dans la minute qui suit.

L’angoisse est palpable dans nos deux voix. Il m’explique rapidement qu’ils veulent le renvoyer à cause de l’absence de ce vaccin, et qu’il essayait de parlementer pour pouvoir nous rejoindre et nous filer les affaires. Il nous recontactera dès que possible.

A présent, nous campons devant la cabine téléphonique non sans avoir remercier avec effusion le douanier pour son geste.
Le temps passe lentement. Les « et si » reviennent à la charge. Jusqu’à la sonnerie.

Je me précipite sur le téléphone. Sam m’explique qu’ils veulent le renvoyer en France, sur Paris (déjà un progrès par rapport à Nairobi) et me demande si on se sent capables de poursuivre le voyage seuls, tous les trois, sans lui. Qu’il va essayer de trouver quelqu’un pour nous faire passer les affaires. Il me rappellera.

Mon cœur se fend en deux. Faire le voyage sans Sam ? Un mois entier ? Déjà que je trouve que je ne profite pas assez de lui à cause de nos boulots au quotidien, et là, quand je peux l’avoir à moi toute seule durant nos vacances, un mois de vacances, il faudrait que je le passe loin de lui ? Si j’étais toute seule, je ne resterai pas loin de lui, mais il y a Nadège et Christophe qui ont investi dans ce voyage également… L’arrêter serait vraiment égoïste. Un mois me semble trop long. Peut-être quinze jours ? Peut-être… La possibilité m’angoisse, m’étreint. J’ai le ventre noué.

L’humeur est morose, voire morbide…Le monde s’écroule sous mes pieds. Je refuse de croire à ça. Ce n’est pas possible que ce soit la réalité. Ca doit être un mauvais rêve. Je dois dormir, et je me réveillerai et tout ira bien.

Le téléphone retentit une heure plus tard. Sam me prévient que c’est le dernier coup de fil qu’il peut passer : ils l’envoient en prison, et lui prennent toutes ses affaires. Mais ce qu’il va dire est très important.
Il me demande de trouver le bureau de la compagnie Kenya Airways pour voir un représentant. Ce représentant peut normalement aller le voir, au minimum l’appeler, pour qu’il puisse prendre contact avec lui, afin de lui faire passer tous les papiers : réservations, cartes, GPS, Lonely Planet… Et voir si la compagnie ne peut pas faire quelque chose, comme personne ne nous avait prévenus que l’on quittait la zone internationale en allant à l’hôtel, et qu’il nous fallait le vaccin contre la fièvre jaune.

Okay. On respire un grand coup. Sam ne peut plus nous contacter, et nous, nous allons quitter la cabine téléphonique, mais on peut faire quelque chose pour lui, un minimum. Ca m’évitera de me rendre folle d’inquiétude, ou de me morfondre.

Bagages sur le dos, nous quittons cet endroit où on récupère les bagages pour entrer dans le cœur de l’aéroport, à la recherche du bureau de Kenya Airways. On mettra pas mal de temps, les bureaux étant cachés à l’étage au dessus des comptoirs de billets, et se trouvant également à l’autre bout de l’aéroport.
Nous ne sommes pas très discrets en entrant dans le bureau vu les gros sacs sur le dos, mais tant bien que mal, j’essaie d’expliquer la situation à un monsieur qui attendait dans son bureau que quelque chose se passe. J’appuie sur le fait que nous n’étions pas non plus vaccinés (et que nous sommes passés), et que Sam a vraiment Tous les papiers, que nous n’avons pas d’argent, et que c’est lui l’organisateur du voyage, que c’est lui qui parle le mieux anglais (pour cet argument, nous sommes très convaincants en baragouinant à trois pour faire une phrase…).

Le monsieur nous explique que c’était au gars qui nous a remis les papiers de l’hôtel qui aurait dû nous prévenir, et je lui redis bien qu’aucun de nous ne le savait. Il ne l’a dit à personne, et nous voilà bloqués dans cette situation !
Voyant notre désarroi et notre bonne foi, le monsieur nous dit qu’il va aller voir Sam pour lui proposer un aller et retour au Botswana. Bling ! Il a sorti cette phrase de manière si naturelle que l’on suppose à présent que le problème doit se poser assez régulièrement. Tous les autres employés du bureau pensent que c’est la bonne solution. Le chef est d’accord et c’est parti ! Pour notre part, nous voici de nouveau dans notre rôle d’attente dans le bureau de Kenya Airways où nous faisons des blagues plus ou moins stupides pour évacuer la pression, surtout qu’à présent une solution se présente : si Sam vient du Botswana, il n’aura aucunement besoin de vaccin pour entrer en Afrique du Sud.

Coup de fil ! On me demande d’aller au comptoir de Air Botswana où on m’attend. Le monsieur me passe tous les papiers, avec GPS et Lonely Planet, avec un mot de Sam qui m’explique qu’il va prendre cet aller-retour au Botswana avec les horaires, en espérant que la solution fonctionne. Peu de temps après que j’ai fait le code de la carte de Sam pour payer les billets, que le téléphone de Air Botswana sonne. C’est Sam au bout du fil ! Que cela fait du bien d’entendre sa voix ! Il m’explique qu’il part donc au Botswana pour revenir en Afrique du Sud demain matin. On convient d’un plan de secours au cas où : s’il n’est pas là dans les 2H suivant l’atterrissage de l’avion, on retourne au bureau de Kenya Airways pour savoir ce qu’il en est. Il a leur numéro, il pourra les joindre et on aura donc un moyen de communiquer au cas où.

Si on ne peut rester au téléphone longtemps, au moins, les choses semblent s’arranger. Au pire, s’ils décident de le renvoyer au Botswana, on ira le chercher en voiture s’il le faut ! Ce n’est qu’à 500Km d’ici après tout ! Au moins, nous aurons appris que la compagnie aérienne est responsable de ses ressortissants et qu’elle fait au mieux pour les aider…

Nous voici repartis dans l’attente… je remercie le monsieur de Kenya Airways encore et encore, et encore et encore… Nous sortons du bureau pour décider de ce que nous faisons à présent. La nuit est déjà tombée, et hors de question de quitter l’aéroport pour se balader à pied dans Johannesburg. Nous sommes téméraires mais pas suicidaires ! De toute façon, nous ne savons pas trop où aller, et si c’est pour revenir tôt le matin… Bref… on décide de s’installer sur des banquettes de l’aéroport en espérant que ce dernier ne ferme pas la nuit.

On attend. Les heures passent lentement. Le sommeil ne vient pas. Le ventre est noué. Pourvu que le plan aller-retour au Botswana fonctionne ! Mais nous ne saurons la réponse que demain. Nous restons dans l’incertitude pour une douzaine d’heures encore…